African Art - Art Africain - Africart - Arte Africana - Tribal Art / Marcello Lattari

 

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African Masks

 

 

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Pol Pierre Gossiaux

 

Professeur dHistoire et
 Ethno-smiologie

des arts africains lUniversit de Lige.

 

 

 

Les Matres de Buli

 

Esthtique et Ethno-histoire  (avec deux indits)

 

 

 

En 1937, le hasard d'une exposition1 mit en prsence deux siges cariatide royaux 2 d'origine Luba (Zare) qui offraient entre eux de frappantes similitudes, tout en prsentant d'troites analogies avec la clbre porteuse de coupe agenouille, conserve au Muse de Tervuren3. Tout en entrant incontestablement dans l'orbe de la grande statuaire des Baluba (plus prcisment du groupe des Bahemba-Bakunda), ces uvres s'cartaient tel point des canons esthtiques fondamentaux de ce peuple que l'organisateur de l'exposition, Fr. M. Olbrechts, acquit la conviction qu'elles taient de la main d'un artiste unique dont le gnie, profondment original, n'avait su se plier aux normes esthtiques imposes par la Tradition. Pour la premire fois, note M. Leiris, l'ide de l'individualit d'un sculpteur africain (tait) mise en avant 4.

 

La porteuse de coupe de Tervuren, longtemps surnomme Kabila la mendiante 5, avait par son originalit plastique et le profond mystre qu'elle semble receler intrigu de nombreux esthtes, des cubistes (C. Einstein) aux surralistes (Ph. Soupault). Mais l'on attribuait volontiers ce chef-d'uvre au hasard d'un miracle unique. Ainsi notait Soupault : l'motion qu'elle suscite est provoque non par l'habilet relle du sculpteur mais par l'ardeur involontaire qui s'y rvle 6. La dcouverte de deux siges, dus la mme main, tmoignait au contraire d'une matrise totale, volontaire, des matires et des formes.

 

Pour la premire fois, pour reprendre l'expression de Leiris, un artiste ngre, reconnu comme tel, se trouvait plac au rang des plus grands sculpteurs de tous les temps (Denise Paulme7).

 

Dans les annes qui suivirent, neuf autres sculptures, relevant du mme style, furent identifies. Plusieurs portaient comme mention d'origine : Buli sur le Lualaba . L'on prit donc, la suite d'Olbrechts qui la dcrivit en 1946 et 19518, lhabitude de dsigner la production du Matre anonyme sous l'appellation de sous style face allonge de Buli . Sur les douze uvres rpertories alors, huit taient des siges dits royaux : personne, apparemment, n'a relev l'poque cette anomalie.

 

En 1960, la dcouverte d'un appui-tte (musamo) d au Matre, par J.W. Mestach, permit cet excellent connaisseur de l'art ngre de donner une synthse des hypothses labores sur ce sous style et d'ouvrir de nouvelles pistes de recherche9.

 

Depuis cette date, une quinzaine de pices au moins sont venues enrichir la nomenclature des uvres connues du Matre.

 

Certaines proviennent de fonds anciens. Mentionnons, outre deux siges cariatide agenouille, de teinte ocre-jaune, la porteuse de coupe assise recueillie par Fr. Miot, lors de la quatrime campagne anti-esclavagiste (1895)10, et le petit anctre de la collection Cambier, rcolt avant 190911. A cette catgorie appartient galement la petite tte (fig. 1) que nous prsentons ici pour la premire fois et qui fut dcouverte, selon une tradition familiale, peu aprs la premire guerre mondiale par un agent territorial de Kongolo. La base en est dtriore, mais l'on peut conjecturer que la tte devait se prolonger par un socle cylindrique vid. La tte, creuse, recle toujours en effet une importante charge magique, fixe avec de la rsine, qui a t introduite par le fond. La radioscopie de l'objet12 rvle parmi les lments identifiables qui entrent dans la composition de la charge magique, la prsence d'une griffe, d'une canine de singe (trs probablement d'un jeune gorille) et enfin d'un fragment minral, sans doute de cristal de quartz. Ce dernier lment autorise les hypothses les plus srieuses quant la destination de l'objet. Le cristal de quartz (ngulu), dont la translucidit favoriserait la voyance, est l'un des accessoires magiques les plus ordinaires des devins bilumbu (sur lesquels l'on reviendra). L'on sait, par ailleurs, que dans tout le nord-est du Buluba, le gnie de la devination est reprsent par une petite figurine nomme Kabwelulu ( pierre de l'esprit ) ou encore Mwandjalulu, dont le corps n'est le plus souvent constitu, en effet, que d'un corps cylindrique parfois vas, ou tronconique13. Le rapprochement avec Kabwelulu rendrait compte de la prsence de la dent de gorille (kihemba : so ya mwema ) dans la tte. Ce primate, disparu de la rgion, mais dont de nombreuses lgendes gardent la mmoire, passait pour dtenir des dons de voyance minents : on lui attribuait un troisime il, situ derrire la tte, l'intrieur du crne. La dent favoriserait ainsi le processus de la devination.

 

 



 

Fig. 1. Tte d'une statuette, sans doute Kabwelulu,

Buli indit, bois, charge magique, h. 8, 1 cm.

Photo de lauteur.

 

D'autres uvres ont t retrouves, depuis une vingtaine d'annes, sur le terrain. Ainsi en est-il de la figurine d'un anctre, peut-tre un Prince de Buli, que nous avons dcouverte en 1971 (cfr. fig. 2) et de l'effigie du guerrier Kalala Luhumbo, tudie en 1977 par le P. Neyt15. Cette pice avait t repre Sola, prs de Kongolo, ds 1970.

 

 



 

Fig. 2a

Figure dun prince de Buli. Bois dpatin.

Ceinture en peau dantilope. Ht. 299 mm. Photo de lauteur.

 

 

 



Fig. 2b

 

 

Plusieurs uvres sont toujours conserves sur place. Les tmoignages, formels, mentionnent entre autres, un couple d'anctre (mikisi), un masque-singe du type imbombo ya 'so que nous avons tudi en 197316 et un couple porteur de coupe (mboko) remplie de kaolin. De mme, le trs beau sige (kihona) cariatide debout que nous prsentons ici pour la premire fois (fig. 3), tudi sur le terrain en 1985, nous avait t dcrit ds 1969.

 

 

 

 

Fig. 3. Sige aulique de Buli, bois, 52 cm,

coll. prive. Photo J.P. Parduyns.

 

 

L'impressionnante figure sculpte ici reprsenterait Kamania, portant dans ses flancs les germes de sa descendance, soit le peuple des Bakunda. Peuple apparent aux actuels Baby qui formait le fonds de la population de Buli. Le dernier propritaire de ce kihona le considrait comme l'emblme de l'ancienne allgeance de sa famille au bulohwe (pouvoir li la dtention du sang imprial sacr, transmis par les femmes). Des souvenirs prcis rattachent sa cration l'poque des conqutes opres par Buki dans le nord de Buli (cfr infra). La patine rituelle, compose d'enduits de farine, de lie, d'huile et de graisses animales, comporterait galement des ptes de graines de lubenga (sorte de roucou), en hommage l'anctre imprial Mbidyi Kiluwe17. Les bras en taient couverts de bracelets de perles et la poitrine et le haut du ventre des ceintures lubuka et kifuka, rserves aux femmes enceintes18. Le fait explique que ces endroits aient pu subir, de l'intrieur, les atteintes des insectes phytophages (termites), qui abhorrent la lumire.

 

Stylistiquement, cette uvre offre quelques traits singuliers en regard des crations les mieux connues du Matre. Moins baroque, elle s'enferme dans un hiratisme accentu qui renforce paradoxalement son surprenant dynamisme. Observant un quilibre beaucoup plus strict entre les proportions de la tte, du corps et des membres, elle se refuse toute anecdote (notamment dans le traitement de la coiffe19, des oreilles, des mains) ; et l'on serait tent de dire que, tout en relevant incontestablement de la tradition de Buli, elle conserve plus troitement l'empreinte de l'esthtique classique hemba-kunda, qu'inspire le souci dun d'idalisme pur.

 

Les enqutes menes lors de la dcouverte de ces uvres autorisent des rponses nouvelles aux nigmes, nombreuses, que pose l'art de Buli. L'une de celles-ci touche l'unit mme de l'uvre ou encore la pluralit possible de sculpteurs.

 

Dj, dans l'ensemble isol par Olbrechts, certains historiens avaient cru pouvoir distinguer au moins deux groupes d'oeuvres : le premier, dont la Porteuse de coupe de Tervuren ou le Sige de Londres demeurent les paradigmes, comprend des sculptures, gnralement de teinte noire, portant des traces d'utilisation et dont les figures macies semblent reflter l'intensit d'une austre mditation. La tte prsente dans cet article illustre bien l'esthtique de ce premier groupe. L'autre est form de pices (principalement des siges) d'aspect plus rcent, de teinte plus claire (ocre/jaune, avec des rehauts noirs), dont les figures arrondies, un peu emptes, et o s'affirme un ralisme accru, se rpondent comme des paradigmes strotyps, dont l'me semble s'puiser. De ces dernires uvres mane le sentiment confus d'un dclin comme l'avait not W. Mestach20. Ces historiens n'hsitaient donc pas conclure qu'il y avait eu plusieurs Matres de Buli. Olbrechts lui-mme, sans trop y croire, avait avanc l'hypothse d'un atelier install Buli. W. Fagg, beaucoup plus catgorique, opposant la profondeur de sentiment du premier Matre l'humour somewath pawky Disneyesque de son pupil , concluait qu'il y avait eu deux, voire trois Matres qui avaient uvr Buli21.

 

Nous nous sommes oppos autrefois la thse de Fagg. L'ide d'un atelier de sculpture rpugne aux donnes de l'ethnographie luba. Colle, sur ce point, est formel22, et nos informateurs confirment son tmoignage : l'art de la sculpture passait, chez les Baluba, pour une sorte de monopole qui ne se transmettait gure qu'au sein d'une mme famille. Nous pensions pouvoir fonder notre argumentation sur la prsence, d'un groupe l'autre, de traits similaires que nous croyions inconscients (donc inimitables) et que nous attribuions un lapsus cultri23. Selon nous, les diffrences, videntes, observes entre les uvres du Matre, devaient s'expliquer par une volution toute personnelle qui avait fini par se figer, il est vrai, dans la production de strotypes sans grande inspiration.

 

Un examen plus attentif des canons proportionnels auxquels obissent les uvres de Buli, plusieurs retours sur le terrain (1977, 1983-1990), des tmoignages inexploits, nous contraignent aujourd'hui adopter une hypothse largie : nous croyons toujours l'volution de l'art de Buli, mais nous pensons que celle-ci s'est produite sur plusieurs gnrations, vraisemblablement au sein d'une mme famille. Notre dmonstration s'appuiera essentiellement sur les donnes chronologiques que nous livre le recoupement de l'ensemble des sources disponibles.

 

 

 

Chronologie des uvres de Buli

 

 

Une rumeur qui circulait autrefois dans certains milieux coloniaux, voulait que quelques-uns, au moins, des siges de Buli avaient t sculpts pour des Europens. Il n'y aurait gure lieu de prter attention ces bruits si deux tmoignages, produits ici pour la premire fois, ne venaient leur donner une certaine autorit.

 

Le premier mane des entretiens que nous avons eus avec Mme Vve Gubels, propos d'une miniature en ivoire de Kabila la mendiante (la Porteuse de coupe de Tervuren), qui se trouvait dans ses collections. Selon ce tmoignage, Lon Gubels (plus connu sous le nom d'Olivier de Bouveignes) s'tait intress trs tt ce qu'il appelait le style Kabila . Il avait failli, disait-il, en connatre l'inventeur lorsque, jeune magistrat, il tait pass par le village de ce dernier pour y apprendre qu'il tait mort rcemment. C'est en 1913 que L. Gubels rejoignit pour la premire fois Elisabethville, d'o il fut dtach Kabinda pour y exercer les fonctions de substitut du procureur du roi. Une carte manuscrite, dtaille, date de 1916, que nous avons retrouve dans ses archives, rvle qu'il entreprit l'poque un priple qui de Katompe le mena notamment Kabalo ( trois kilomtres du poste de Buli). L'on peut croire que c'est l'occasion de ce voyage qu'il dcouvrit l'oeuvre du Matre qui dut l'intriguer et qu'il apprit alors que celui-ci tait mort rcemment 24.

 

Le second tmoignage est plus troublant encore, car il mane d'Hubert Bure25, qui l'on doit la dcouverte de la sculpture la plus clbre de Buli, Kabila la mendiante, dont il vient d'tre question qu'il recueillit des mains du chef Kanunu, l'un des vassaux du Prince de Buli. Rappelons ici que le Ligeois H. Bure avait t charg par le Comit Spcial du Katanga de raliser une route carrossable entre Tshofa et Buli, ce qui l'occupa de 1905 1907. C'est cette dernire date qu'il rsida Buli. Or, avant de cder en 1913, sa collection au baron A. de Haulleville, directeur de Tervuren, Bure avait offert quelques-uns de ses objets certains de ses amis ligeois, et notamment au Dr Charles Firket26, professeur de pathologie tropicale l'Universit de Lige et collectionneur passionn de tout ce qui provenait de l'Afrique centrale. Ch. Firket tenait avec soin le registre des pices qu'il accumulait. Il y indiquait notamment, ct de la mention de chaque objet, son origine ethnique et gographique ainsi que l'auteur et la date de la rcolte. La collection et le catalogue ont t lgus l'Universit de Lige par les hritiers de Ch. Firket (dcd en 1928). Or, on peut lire, p. 29v-30r du manuscrit cette mention : (Objet :) Petit tabouret sculpt (2 figurines adosses) . (Rgion :) Buli (Haut-Lualaba) , (recueilli par :) Mr Hubert Bure. 1907 , avec cette notation inattendue, sous la dsignation de l'objet : Fait pour la vente aux blancs (fig. 4).

 

 

 

 

Fig. 4. Catalogue des collections de Charles Firket, extrait des pages 29v et 30r,

Bibliothque de l'Universit de Lige, mss. 2823b.

 

 

La prcision est d'autant plus surprenante qu'elle est la seule du genre qui apparaisse dans les quelque 300 notices du catalogue. Pourtant la collection Firket recle d'autres pices faites pour les Blancs , sur des modles traditionnels, il est vrai27. C'est donc que le petit tabouret offrait un aspect tellement inhabituel que Ch. Firket crut utile d'ajouter le renseignement qu'il tenait videmment de Bure.

 

Le petit tabouret ne se trouve plus dans les collections de l'Universit de Lige (ni, hlas, cette amulette sculpte dans une dent de phacochre galement recueillie par Bure Buli), et mme si l'on sait que le Matre a laiss des siges cariatides adosses, rien ne permet d'affirmer que cet objet tait de sa cration, car il n'est pas douteux que d'autres artistes uvrrent dans la mme chefferie. Mais rptons-le, ce tmoignage, conjugu celui de Mme Gubels, interdit de traiter par le ddain seul la rumeur voque plus haut.

 

Il faut avouer que si celle-ci pouvait tre dfinitivement confirme soit que le matre ou lun de ses successeurs ait travaill pour des amateurs europens- plusieurs des questions que pose l'art de Buli trouveraient leur solution logique. Ainsi expliquerait-on le nombre, anormalement lev, de siges de chef dans la production du Matre ; et l'on comprendrait pourquoi certains d'entre eux ne portent ni signe convaincant d'utilisation ni trace de ces enduits rituels qu'exigeait la tradition du culte rserv aux siges sacrs.

 

Quoiqu'il en soit, il est tabli que :

 

-  Buli, en 1907, soit quinze ans aprs avoir t en contact pour la premire fois avec des Europens (expdition Delcommune : 1892 (cfr infra)), tait dj un centre o des objets d'art taient confectionns pour les Blancs . L'on ne peut s'empcher de songer ici une note un peu acide du Dr Briart, compagnon de Delcommune, qui, abordant Buli, relve : Habitants trs curieux, avides et commerants 28.

 

-  La disparition du Matre est relativement rcente : peu avant 1913 (date de l'arrive de Gubels au Congo), et plus vraisemblablement 1916 (voyage Kabalo).

 

Nanmoins, l'on ne saurait soutenir que l'art de Buli ait t inspir par les Blancs, ni mme marqu de manire significative par leur prsence. Un faisceau convergent d'arguments prouve au contraire que cet art a t labor dans un contexte purement traditionnel pour y assumer les fonctions que la culture bantoue tout entire assigne la statuaire magique.

 

Il suffira ici d'numrer les principaux de ces arguments :

 

-  Un certain nombre d'objets ont t rcolts par le plus grand des hasards. C'est le cas de la  Porteuse de coupe, reue par Miot (1895) en signe de reconnaissance, d'un chef qu'il avait sauv de la servitude, et du petit couple d'anctres dcouvert par l'explorateur Fo (1897) lors de son incursion mouvemente dans la rgion (cfr infra). Ces objets, visiblement, taient destins des fins cultuelles.

 

-  La mme observation vaut, videmment, pour les sculptures retrouves sur le terrain depuis 1969. A fortiori pour celles qui sont encore in situ. L'enqute rvle du reste, que la statuaire de Buli inspire toujours sur place une relle fascination. Il ne faut mme pas exclure lide que, durant longtemps encore, des uvres, inspires par le s style de Buli, aient t sculptes des fins purement cultuelles.  Le pouvoir sacr de l'art semble relever ici autant de sa magie objective que de ses qualits plastiques. C'est dire la sduction qu'il dut exercer, ds l'origine, sur le milieu o il a t conu.

 

-  Si certaines sculptures n'ont gure t utilises, d'autres offrent, au contraire, des traces convaincantes d'anciennet. Ainsi en est-il de la Porteuse de coupe de Tervuren, du Sige de Londres et gnralement de presque tous les objets de teinte noire qui taient sans doute anciens de plusieurs dcennies lorsqu'ils furent recueillis.

 

-  Les tmoignages explicites, allgus jusqu'ici, tendent situer la production de Buli dans un pass relativement rcent. Mais d'autres, tout aussi convaincants, inspirent des conclusions entirement opposes. Ainsi, lorsque nous avons enqut sur le petit anctre que nous avons publi en 1975, la gnalogie des propritaires successifs de cet objet fournie par nos informateurs nous incitait conclure que celui-ci ne pouvait, en aucun cas, avoir moins d'un sicle. Etudiant l'effigie de Kalala Luhumbo de Sola, le R.P. Neyt obtenait des renseignements du mme ordre : l'uvre avait eu douze gardiens qui s'taient succds sur quatre gnrations, soit selon le P. Neyt un sicle et demi29.

 

-  Le sige cariatide debout, dcrit dans cet article, daterait de la mme poque et serait mme plus ancien, puisque la tradition en fait remonter l'histoire aux guerres de Buki. C'est peu aprs 1800 qu' llunga Buki, fils de Kumwimba Ngombe, Xe empereur des Baluba, entreprit de se tailler un empire personnel dans les territoires du nord, occups par des clans Yambula, Kusu et Zula. Certains membres de la famille de Buli, dont l'apanage se trouvait menac par ces campagnes, mirent leurs armes au service du prince imprial, qui en retour, leur confra le bulohwe (pouvoir sacr) sur quelques-uns des postes conquis (sud de Kongolo) et les insignes attachs cette dignit, dont le sige sacr kihona.

 

-  Enfin, la prsence de la dent de gorille parmi les charmes magiques de la tte Kabwelulu dcrite plus haut, pourrait offrir un lment de datation objectif, quoique malheureusement imprcis. La disparition du gorille du nord du Buluba, provoque sans doute par le lent recul de la fort, dut s'tendre sur plusieurs sicles. Toutefois l'extinction dfinitive de l'espce, dans la rgion, serait relativement rcente, si l'on en croit les lgendes qui tablissent un lien direct entre celle-ci et l'apparition des Arabes dans ces contres : le singe aurait fui, dit le mythe, pour chapper la servitude30. Si les Arabes commencent frquenter la rive ouest du lac Tanganyika vers 1840, ce n'est que dix ou quinze ans plus tard que leur prsence se fit rellement sentir aux confins du Buluba. Ces dates constitueraientnt le terminus ad quem logique de la tte de notre Kabwelulu. (Lon ne peut, cependant, exclure que les dents de gorille aient pu faire lobjet de transactions commerciales. Le gorille engti est toujours prsents dans les monts Itumbwe du Sud-Kivu ).

 

L'ensemble de ces tmoignages, ou indices, tend dmontrer que la production de Buli s'est tendue sur un sicle et davantage. Il faut donc conclure, comme nous l'avons suggr, que celle-ci est le fait de plusieurs sculpteurs qui se sont succds de c.1810 c.1915 sur deux ou trois gnrations, vraisemblablement au sein d'une mme famille. Cette thse est la seule qui puisse rendre compte de l'unit vidente de la tradition plastique de Buli et de l'existence au sein de celle-ci de plusieurs sous-styles illustrs par des groupes de sculptures diffrents qui semblent bien constituer les jalons d'une volution interne.

 

Il serait tentant, ds lors, de chercher sans plus attendre les critres autorisant la dfinition de chacun de ces sous-styles et d'en restituer ainsi la gnalogie. Mais une telle tentative suppose l'tude pralable, que l'on devine longue et complexe, de toutes les uvres relevant de la tradition plastique de Buli. De surcrot, elle ne serait rellement convaincante que si elle se trouvait fonde sur un principe taxonomique plus global, inspir par une comprhension en profondeur de l'uvre, qui en clairerait la gense et l'volution.

 

C'est la recherche de ce principe que seront consacres les pages qui suivent.

 

 

 

Histoire politique de la principaut de Buli

 

 

Les questions, complexes en soi, lies l'tiologie de tout style, se livrent dans le cas de Buli comme une vritable nigme. Cet art semble en effet dict par la volont consciente de renouveler la tradition plastique (celle des Baluba-kunda) dont il tire visiblement son inspiration originelle voire de s'en carter. Or, s'il est vrai que l'artiste noir disposait d'une certaine libert, il se devait de respecter les paradigmes imposs par la Tradition, dont l'ensemble tait peru par la communaut comme un vritable langage, et au-del, comme l'un des fondements de sa propre identit. L'isomorphie entre les paradigmes lgus par le pass et les crations nouvelles confrait celles-ci leur lgitimit et leur efficacit. C'est dire que les mtamorphoses de Buli ne sauraient rsulter de la volont seule d'un crateur isol : elle rpondent une attente collective, consciente ou non.

 

La gense du style de Buli appartient donc l'histoire d'une collectivit. Cette conclusion s'imposera avec plus d'vidence encore si l'on se souvient que chez les Baluba, les sculpteurs professionnels (basonga, batombe), et spcialement ceux qui travaillaient pour la Cour, se trouvaient directement associs au Pouvoir. La statuaire rituelle, dans ses multiples fonctions (assurer la prsence des Esprits et des Anctres, contrler les sources de la vie et de la mort, fournir au Pouvoir celui qu'exerait le Prince mais aussi les Socits initiatiques les instruments magiques de la lgitimit et de sa survie, etc.), ne pouvait qu'tre initie aux mystres qui prsidaient la vie culturelle, socio-politique et religieuse de l'Etat. C'est pourquoi les sculpteurs faisaient partie de jure du conseil priv du Prince. Or, et l'on n'a pas suffisamment soulign le fait, la plupart des productions de Buli ont un caractre politico-religieux nettement marqu. Siges, porteuses de coupe, effigies d'anctres, etc. sont clairement destins la vie rituelle de la Cour. L'on reviendra sur ce point.

 

C'est pour avoir trop peu prt attention ces faits, pour avoir ignor galement que Buli n'tait pas un simple village mais un vritable Etat, que les rares historiens qui se sont interrogs sur les circonstances de la naissance de l'art de Buli n'ont pu mettre sur ce point que des considrations bien frles31.

 

 

 

Fig. 5. Position gographique de la Seigneurie de Buli. Extrait de A.-J. WAUTERS,

Carte de L'Urua au 2.000.000e., dans Mouvement gographique, 21 mars 1897.

 

 

La Basse-Lukuga, avant de se dverser dans le Lualaba o elle drane d'immenses champs de papyrus, traverse une vaste plaine, lgrement vallonne, borne sur le flanc est par les contreforts montagneux couverts de forts, et au sud par les Monts Suya (fig. 5). Ce sont ces terres qu'envahissent vers 1750, sous la conduite de Mbuli Mukulu, des populations d'origine kunda (du vaste clan des Kamania) apparentes aux actuels Babuyu du Maniema. Mbuli Mukulu y fonde un royaume dont le socle est constitu par le territoire, en forme de triangle aigu, que dlimitent les deux fleuves leur confluent. De l, Mbuli envoya ses guerriers conqurir quelques avant-postes, au nord, dans la rgion de Kansimba (Kongolo), et l'ouest, dans les petites chefferies sises au-del du Lualaba. Pour renforcer la lgitimit de son appropriation, il crera ou favorisera, comme on le verra, la restructuration de sectes secrtes qui lui assureront la protection des Morts et des Esprits de la contre, toujours redoutables. Son fils et successeur, Mbuli Kisala, tend les limites de la chefferie au sud, en s'emparant de quelques villages du chef Kasinga. Celui-ci tait alli la famille de Tumbwe, suzerain d'importantes chefferies entre le Lualaba et la rive ouest du Tanganyika, qui rclamait l'hgmonie sur l'est du Buluba tout entier, se prvalant de son ascendance avec Kongolo, fondateur du Ier empire luba. Cette famille tait alors divise par des guerres intestines. Mais Sohola, l'hritier du titre, devait parvenir y rtablir la paix. De surcrot, il allait bientt faire acte d'allgeance envers llunga Sungu, IXe successeur de Mbidyi Kiluwe, le crateur du second empire luba. Il reut d'Ilunga Sungu le bulohwe (pouvoir sacr), ce qui assurait dfinitivement son pouvoir et donnait ses prtentions annexionnistes une assise juridique d'autant plus forte que l'empereur lui avait confi l'administration du Buluba, l'est du Lualaba. Sohola en profita aussitt pour s'emparer de quelques sous-chefferies des Bangoy, allis directs de Mbuli. Pour carter la menace que visiblement, les Tumbwe faisaient peser sur ses terres, Mbuli Songa, IVe roi de Buli, demanda son tour la protection de l'empereur Kumwimba Ngombe, successeur d'Ilunga Sungu. Il reut de celui-ci les insignes traditionnels des balohwe : la courge mboko remplie d'argile blanche, le briquet traditionnel luvyo, donnant le feu sacr des esprits, enfin le droit de possder lgitimement le trne kihona. Il faut prciser ici que le bulohwe dsigne le pouvoir ou l'autorit mystique et politique attach au sang sacr de Mbidyi Kiluwe. Seuls les descendants (par la voie des femmes) de celui-ci dtiennent authentiquement le bulohwe. Mais une fiction juridique leur permet de transmettre une part de leur pouvoir des chefs n'appartenant pas la ligne impriale. Ces chefs entraient ainsi fictivement dans leur famille : ils taient assurs de la protection des esprits Vidye qui veillaient la dfense et l'intgrit du bulohwe. L'on conoit que ces chefs fictifs aient stimul la production de signes ou d'emblmes affichant les liens rels qui les unissaient la branche des balohwe authentiques. Ces signes garantissaient leur nouvelle identit et lgalisaient ainsi leur pouvoir. L'on peut penser que c'est de cette poque que date le dveloppement intensif, Buli, d'un art aulique spcifique, dont l'esthtique dut tre logiquement inspire par le souci d'allier les traditions plastiques (kunda) de la chefferie celles des nouveaux suzerains.

 

L'acte d'allgeance qu'impliquait l'investiture du bulohwe commandait sans aucun doute l'abandon, pour le roi de Buli, de sa souverainet. Mais les liens qui unissaient l'empereur aux chefs investis taient moins de vassalit que d'amiti, et les milamba (dons, prsents) que versaient ces derniers taient reus plutt comme marques de fidlit que comme vritable tribut. En revanche, l'investiture garantissait aux seigneurs de Buli une indpendance relle dans leur politique extrieure et un surcrot de prestige auprs de leurs sujets. Grce aux alliances passes entre le conqurant Buki (cfr supra) et certains membres de sa famille, Mbuli tendit encore son emprise sur le nord. Ds cette poque, la chefferie vcut autant dans la mouvance du royaume de Buki que dans celle de l'empire luba proprement dit.

 

Peu de temps aprs, la chefferie de Kanunu entra, grce au jeu des successions matrilinaires, dans l'apanage de Mbuli.

 

La chefferie connut alors, pendant prs de trois quarts de sicle, une exceptionnelle prosprit. La richesse des terres, de nature alluvionnaire, favorise l'expansion de l'agriculture. Le gibier (buffles et lphants) est abondant. Mbuli enverra bientt vendre son ivoire sur la cte ouest du Tanganyika, six jours de marche de ses frontires. Le dveloppement conomique se double d'une croissance dmographique considrable. Outre les facteurs internes, la richesse du Buli constitue un ple d'attraction : des villages entiers viennent s'installer dans le territoire. De nombreux chefs y cherchent refuge : certains d'entre eux sont parmi les victimes de Buki. Plus tard, avec les Arabes et le dmantlement de nombreuses chefferies du nord, le mouvement s'acclrera. Car Buli est une vritable forteresse : protge par les deux fleuves, les contreforts forestiers du nord-est, et surtout au nord, le verrou des portes de l'enfer (cataractes infranchissables sur le Lualaba, en aval de Kongolo), la seigneurerie restera constamment l'abri de toute incursion, mme lorsque les Arabes auront investi la rgion du Lomani d'o ils menaceront le Buluba tout entier. Seul, peu aprs 1880, l'arabis Kabamba tentera de franchir les frontires de Buli : il dut rapidement battre en retraite, abandonnant ses armes sur le terrain.

 

La politique des princes de Buli envers les trangers qui leur demandent asile est trs ouverte : leur pouvoir est li, notamment, au nombre de sujets qui leur paient tribut et les populations nouvelles viennent grossir les rserves de l'arme.

 

Ces circonstances expliquent sans doute (outre la demande ultrieure des Europens) le nombre exceptionnellement lev de siges auliques qui furent dcouverts plus tard Buli. Certains de ces siges taient sans doute rservs aux lieutenants du prince, pour la plupart membres de sa famille, installs aux postes-clefs des frontires de l'Etat : Bola et Kasyala l'est, Ngolo au nord, Ngoya l'ouest, etc. D'autres durent tre sculpts pour ces chefs trangers, venus se placer sous la protection de Mbuli. Le don du kihona (qui demeurait, en dernier ressort, proprit du prince) matrialisait un contrat d'assistance et de fidlit rciproques.

 

Les Arabes tenus l'cart, une autre menace allait bientt peser sur l'indpendance de Buli. L'empire Yeke de M'siri ne cessait de s'accrotre, gagnant progressivement le nord du Buluba. Vers 1885, Simbi (ou Simba), l'un des fils de M'siri, est solidement implant avec ses guerriers Ankoro32. Il rside rgulirement Kabalo, l'un des villages de Buli. L'on peut penser que Kilela, VIIIe prince de Buli, suivant la stratgie de ses anctres, avait pass avec le chef yeke un trait d'alliance qui garantissait son indpendance.

 

Le 7 novembre 1892, A. Delcommune, accompagn de N. Diderrich, P. Briart, etc., la tte d'une expdition commandite par la Compagnie du Katanga, pntre Bola, avant-poste est de Buli sur la rivire Luizi. Ils se montrent stupfaits de la richesse du pays, l'importance et le nombre de ses villages. C'est, note Briart, le pays le plus peupl que nous ayons rencontr dans notre voyage 33. De Bola au village de Buli, alors implant sur la rive gauche de la Lukuga, Delcommune compte dix agglomrations, et au-del, jusqu'au Lualaba, une trentaine d'autres34. Briart note que le village de Buli compte, lui seul, au moins 2.500 habitants.

 

Les rapports entre Mbuli Kilela et Delcommune furent fort tendus : Mbuli refuse de se montrer, produit un sosie dguis en Arabe, etc. Ce n'est qu'aprs avoir menac le prince de mettre le feu ses villages que Delcommune put hisser sur ceux-ci le drapeau bleu toile d'or de l'Etat Indpendant. Mbuli avait videmment compris qu'il ne s'agissait plus, cette fois, d'alliance mais d'alination.

 

Dix-huit mois plus tard, l'expdition de S.-L. Hinde, accompagne de l'Amricain Mohun, charge par Dhanis de remonter le Lualaba et la Lukuga, pntrera son tour dans les terres de Buli. Hinde relve l'exceptionnelle beaut des objets (cannes, etc.) sculpts, en bois et en ivoire, qu'il observe entre les mains des habitants du lieu35. Selon l'historien Cornet, Hinde serait ainsi l  inventeur de l'art de Buli36. Par ailleurs, Hinde et Mohun, tout comme Delcommune, sont frapps par la densit extraordinaire de la population37. Mbuli rgnait sans doute sur plus de 80 villages (en 1914, l'empereur des Baluba, Kabongo, ne contrlait que 130 villages38), et l'on peut estimer plus de 60.000 le nombre de ses sujets.

 

En juillet 1897, le Franais Ed. Fo, cherchant forcer un nouveau passage entre le Tanganyika et le Lualaba, s'avancera profondment dans le Buluba sur la Haute Luizi, quelque 125 km de Buli, avant de se voir forc la retraite. Il en rapportera deux petites figurines, dues la main de l'un des Matres qui nous occupent39. Fo trouve la rgion dans l'anarchie la plus complte : les chefs sont en guerre les uns contre les autres, les champs sont ravags, les villages brls40. La chute de l'empire arabe du Maniema et du Lomani au nord et l'ouest, celle des Bayeke au sud, suscitent de multiples combats pour la reconqute du pouvoir au sein des anciennes chefferies. Les troubles gagnent les rgions pourtant prserves de la prsence arabe. La rvolte des Batetela provoque des dplacements de populations. Une autre cause non moins grave de troubles rside dans une pidmie de variole qui svit bientt dans toute la valle de la Luizi et de la Lukuga. Les devins imputent la cause de la maladie aux Anctres, jaloux de la prsence des Blancs. Les sacrifices humains se multiplient. Cette pidmie, bientt suivie d'une vague de trypanosiomase dcime, en moins de dix ans, les quatre cinquimes de la population41. Le travail forc achvera enfin de vider les chefferies du nord de la part active de leurs habitants42. Voil qui explique sans doute le nombre d'objets qui durent alors se trouver sans propritaire et notamment de siges tragiquement vacants et qui furent alors offerts ou vendus aux Blancs.

 

En 1900, le Comit Spcial du Katanga charge le Lt Paternoster de crer une station Ngoma, au confluent du Lualaba et de la Lukuga. Elle reoit le nom de Buli . C'est l que Malfeyt concentrera ses troupes en vue de mater les derniers Batetela , rfugis Kikondja. En 1907, le poste de Buli sera dplac d'une vingtaine de kilomtres vers le sud (fig. 6), pour servir de point d'arrive la route carrossable, venant de Tshofa, construite par Bure. Buli est alors dfinitivement ouvert la colonisation43.

 

 


 

Fig. 6. Deux des emplacements de Buli, poste d'Etat (1912).

 

 

L'expos qui prcde rvle assez la singularit du destin de la seigneurie de Buli. A une poque o l'empire luba, dchir par des guerres intestines, entre dans un irrversible dclin, acclr encore par les conqutes de M'siri au sud et la main-mise arabe sur le nord et bientt le cur de l'empire, ce petit royaume connat une priode ininterrompue de prosprit conomique et dmographique. Celle-ci est due la position gographique privilgie du pays, qui en fait une forteresse naturelle, et la richesse de ses sols, mais aussi la politique extrieure de ses chefs, qui surent constamment prserver leur indpendance grce un jeu d'alliances qui ne pouvaient que dcourager les vises expansionnistes des chefs voisins. L'infodation des seigneurs de Buli l'empire luba n'tait que nominale : l'investiture au bulohwe renforait en ralit leur indpendance et leur autorit. En entrant dans la famille impriale, ils conquraient dfinitivement les titres lgitimant leur pouvoir sur les terres dont ils s'taient empars. Cette volont d'indpendance, ce souci de lgitimit rclams cette fois non des empereurs vivants mais des Anctres, inspirent galement l'histoire religieuse de la chefferie.

 

 

 

Histoire religieuse de Buli

 

 

Durant toute la priode coloniale, missionnaires et agents de l'Etat n'ont cess de signaler le nombre, l'importance et la force de rsistance des sectes de sorciers dans le nord du Buluba, et spcialement dans la rgion de Kabalo-Kongolo le cur de l'ancienne chefferie de Buli. Or, les traditions actuelles, confirmes sur de nombreux points par les tmoignages anciens (celui du P. Colle, en particulier), imputent la cration des plus importantes de ces socits initiatiques aux princes de Buli eux-mmes.

 

Mbuli Ier le vieux doit toujours sa renomme autant ses fonctions sacres qu' ses titres de conqurant et de chef politique. On lui attribue ainsi la cration de la socit des Bambuli, danseurs thrapeuthes et ncromanciens qui, avant d'tre rcuprs par le folklore colonial, exeraient des fonctions de contrle sur les revenants , tout en s'affirmant comme les dpositaires de la puret des murs ancestrales. Cette tradition n'est sans doute fonde que sur une homonymie, car l'on possde de nombreuses autres versions de l'origine de cette socit toujours trs active44. Signalons toutefois qu'un rapport indit dat de 1915, mentionne qu' Kabongo, les Bambuli honoraient Mbuli comme l'un de leurs principaux gnies45.

 

C'est galement Mbuli Ier qu'il faudrait imputer l'institution de la socit des Bilumbu. Colle confirme explicitement la tradition locale46. Les bilumbu, rappelons-le, exercent chez les Baluba d'importantes fonctions de devins et de gurisseurs. Initis aux mystres d'un esprit particulier (notamment Kabwelulu), ils reoivent de celui-ci le pouvoir didentifier les auteurs de sortilges et de malfices et d'indiquer les thrapies appropries, au besoin les voies de la vengeance.

 

Les bilumbu, ou leurs homologues, sont connus dans tout le Buluba, voire le Zare et au-del. Le plus souvent du reste, ils oprent seuls. La tradition a donc un caractre nettement lgendaire. Mais elle recouvre peut-tre un fait rel, soit qu'un des princes de Buli ait effectivement entrepris de structurer les bilumbu en association ferme afin d'en contrler les activits et s'affirmer ainsi comme le matre des Devins officiels.

 

C'est toujours l'un des chefs de Buli, probablement Mbuli IV Songa, que l'on devrait la cration de deux autres socits initiatiques luba : la buyangwe et le kabwala, auxquelles Colle consacre de longues pages. Les dignitaires du kabwala passent pour de redoutables sorciers tandis que les simples adeptes semblent ne rechercher dans l'initiation qu'un surcrot de chance, une protection accrue contre les morts et les esprits. Les bayangwe sont eux, de vritables chamans. Ils dtiennent entre autres, le pouvoir de se rendre invisibles, de se ddoubler, de voler dans les airs, de se mtamorphoser en lion, lopard, etc. Ils doivent ces facults aux morts avec lesquels ils sont en contact permanent.

 

Selon Colle, une autre socit dtenant de redoutables secrets, celle du bulungu, aurait traditionnellement pour chef le prince de Buli47.

 

L'une des squences les plus intressantes recueillies par le mme auteur, de la bouche des descendants de Mbuli Ier, situe la source des socits du bulumbu, du buyangwe et du kabwala, dans l'empire des Morts. En effet, un certain Kazula ( le novateur ), chassant le phacochre dans les monts Suya (au-del de la frontire sud-ouest de Buli), aprs avoir vu le sol se drober sous ses pieds, s'tait retrouv dans une vaste caverne o il avait assist, fascin, aux danses tranges des Morts. Rassur, aprs avoir reconnu parmi ceux-ci ses propres anctres, il avait demand tre initi aux mystres de ces chorgraphies et d'autres secrets. Revenu sur terre, Kazula s'empressa de mettre dans la confidence de ces vnements le chef Mbuli, qui n'eut de cesse d'tre initi son tour aux mmes arcanes ce qui lui fut bientt donn lors d'un sjour dans le royaume obscur. Mbuli reut mme du roi des Morts le droit d'initier son tour ses propres sujets aux rites du bulumbu, du buyangwe et du kabwala.

 

Ce mythe, diffus la cour de Buli, tend faire des souverains du lieu les seuls dpositaires lgitimes des traditions sacres de la rgion voire du nord tout entier du Buluba, car l'on sait que les socits diriges par eux recrutaient leurs adeptes bien au-del des frontires strictes de Buli. Les chefs de Buli, lgataires des pouvoirs des Morts (ultimes propritaires du sol, rfrence sacre des institutions culturelles), s'affirmaient ainsi comme les dtenteurs souverains de l'identit culturelle luba elle-mme. La lgende dut tre diffuse avec d'autant plus d'insistance qu'elle cautionnait l'autorit de chefs dont il importe de rappeler qu'ils taient d'origine trangre (kunda/buyu). Le mythe aurait ainsi la mme fonction lgitimante que l'acte d'allgeance rendu par Mbuli Songa l'empereur luba, qui llevait la dignit de mulohwe. Voil qui fournit sans doute l'explication des phnomnes religieux qui se sont  dvelopps Buli, et notamment du nombre exceptionnellement lev de socits initiatiques qui y trouvrent leur origine (mme en faisant la part de la lgende) : cinq des neufs socits repres au dbut du sicle dans le nord du Buluba.

 

Un tel foisonnement pourrait certes s'expliquer par l'origine trs diverse des populations qui, durant le XIXe sicle, cherchrent refuge dans la chefferie, en y apportant leurs institutions, leurs croyances et sans doute leurs confrries propres. Le souci de contrler celles-ci dut inciter les suzerains de Buli vouloir s'imposer chaque fois leur tte. Toutefois, dans la plupart des cas, rapporte la tradition, la famille dynastique de Buli ne s'est pas borne affirmer son autorit sur des socits existantes : elle en a promu de nouvelles, comme si elle n'avait eu de cesse de multiplier les sources de son pouvoir, les cautions de sa lgitimit.

 

A. Sohier, dans son Trait du droit coutumier congolais, estime que lorsqu'un chef investi entend accrotre son pouvoir en le cumulant l'autorit que confrent les dignits et le prestige religieux et/ou sorcellaire, c'est qu'il cherche chapper une menace manant soit de l'tranger soit de ses propres sujets. Cette analyse semble pouvoir tre applique Buli, menac au sud par les vassaux de Tumbwe, et bientt par Buki au nord ; lieu de refuge par ailleurs pour des populations qui, par le seul fait d'tre trangres, pouvaient constituer une menace pour le pouvoir en place. Les titres, hrditaires, de matre du bulungu, du buyangwe et d'autres socits qui dtenaient les moyens d'exercer une vritable terreur, devaient constituer un motif de crainte suffisant, lui seul, pour carter les menaces de sdition et mme les tentations d'annexion.

 

La volont d'indpendance qui inspire la politique de Buli et qui trouve son corollaire dans le dveloppement d'une idologie nationaliste, fonde notamment sur l'exploitation du culte des morts, dut se voir renforce par l'orgueil que durent prouver les seigneurs de Buli devant le contraste qu'offrait la prosprit conomique et dmographique de leur Etat et le dclin des chefferies voisines, voire de l'empire luba tout entier.

 

Quoi qu'il en soit, il semble clair que l'idologie nationaliste de la Cour, commande par la ncessit d'afficher une identit culturelle spcifique, n'a pu qu'imprimer intimement son sceau sur un art dont tout indique qu'il tait troitement li au destin de la famille dynastique.

 

 

Idologie aulique et esthtique de Buli

 

 

De forts indices laissent penser, on l'a vu, que les sculpteurs de Buli ont travaill la Cour de leurs matres. L'on a dj soulign que la quasi-totalit des uvres que nous leur devons entrait dans la catgorie des insignes ou des parasmes du pouvoir. C'est le cas des trnes bihona, emblmes et agents de l'autorit politique et judiciaire nous y reviendrons. Le cas des effigies mortuaires mikisi : celles-ci taient invoques par le chef dans toutes les circonstances importantes, publiques ou prives, de sa vie. Conserves significativement dans une case proche de celle o il sigeait publiquement, elles inspiraient, notamment, ses dcisions politiques. Quant aux porteuses de coupe bamboko ou maloba mpesi (nous en connaissons trois, dues aux sculpteurs de Buli), parmi les fonctions qu'elles assument, la plus importante, la plus lourdement greve de valeur politique et sociale, les rattache au rituel d'investiture au bulohwe. Insigne lgal de l'ascendance sacre des chefs, contenant le kaolin offert par l'empereur lui-mme48, elle assurait au chef, comme le dit le P. Avermaet, la fidlit de ses femmes, le loyalisme de ses sujets, le succs la chasse , et devait le prmunir contre tout danger, toute maladie et lui donner la victoire sur ses ennemis... 49.

 

La Porteuse de coupe de Tervuren aurait une fonction plus prcise encore si l'on se rfre au tmoignage du chef Kanunu, son dernier propritaire lgitime. Selon celui-ci, la Porteuse servait obtenir beaucoup de malafu 50, soit du vin de palme ou de la bire de sorgho. Or, le malafu (ou malu'u) entrait dans la classe des produits dont une partie tait due, comme tribut, aux chefs. Il tait conserv dans des jarres dposes dans une case construite auprs de celle qui tait rserve aux effigies des anctres royaux. A ces dernires tait offerte une portion du malafu, vers dans le mboko qui veillait la nuit leur ct51. Lors de ce rituel, l'on demandait aux Anctres d'assurer la sauvegarde de la chefferie, de veiller sur le prince, d'tendre son empire et le nombre de ses sujets. Obtenir beaucoup de malafu est donc une manire image de dsigner la fonction fcondante, celle d' incitant dmographique de la coupe l'importance du tribut tant proportionnelle celle de la population.

 

Enfin, mme la petite tte du Kabwelulu pourrait renvoyer aux fonctions sacres des princes de Buli, chefs hrditaires des devins bilumbu.

 

Tous ces faits confirment, s'il en tait besoin, que les Matres de Buli appartenaient la classe de ces sculpteurs magiciens bwana batombe, dont le mtier seul rclamait une initiation aux mystres de la vie religieuse et politique de l'Etat et qui, de ce fait, faisaient partie de droit du conseil priv du Prince. L'on peut lgitimement penser que leur art, et l'esthtique qui l'inspire, ne pouvaient demeurer trangers l'idologie dominante de la Cour.

 

Les tendances expressionnistes accentues par le dynamisme baroque qui caractrise le sous-style de Buli, tmoignent de la volont de rapprocher les motifs plastiques traditionnels (anctres, esprits) de l'apparence sensible du modle vivant, soit le corps humain correspondant l'idal esthtique impos par la culture kunda et luba.

 

Cet idal, dont les critres demeurent partiellement inconscients, nous le connaissons par les traits que dgage l'observation des pices classiques kunda (certains sous-groupes buyu, zoba, sanze, bware, etc.) et luba du nord, et par les donnes de terrain. Front dgag et bomb, yeux carts, lgrement exorbits, nez effil, bouche prominente, sont des constantes rgulirement cites. Pour le corps de la femme, les seins tombants, tronconiques, la taille cambre, la prominence du ventre, les cuisses puissantes, sans compter des traits culturels tels les tatouages, l'pilation du pubis, l'longation des labiae, etc. En fait, le corps est un vritable champ de signes dont nul n'est indiffrent : le front et les yeux marquent la force de l'intelligence et du verbe, la bouche est apotropaque. L'esthtique du corps fminin relve d'une idologie de la fcondit.

 

Or, le paradigme du corps qui s'impose naturellement est celui de l'Anctre et de ses descendants naturels : La famille rgnante. L'on peut donc noncer comme une rgle gnrale que, dans tous les Etats centraliss de l'Afrique noire, l'idal esthtique collectif tendait se constituer par rfrence l'aspect extrieur, aux traits somatiques et physionomiques de la famille dynastique. Parmi de multiples exemples, signalons l'ancien royaume kongo de San Salvador52, les Bakuba o les membres des familles dynastiques bushong 53 incarnaient l'idal de la beaut, tout comme les rois thiopiens ou encore, au Rwanda, la famille rgnante des Banyiginya (o la beaut est la figure royale). Il n'est pas douteux que le ralisme des arts kongo, kuba (l'on pourrait voquer aussi galement If et le Bnin) s'explique par la volont, politique et magique, de prserver par-del la mort, l'apparence physique, sacre, des princes.

 

Il en allait de mme chez les Baluba, dont les balohwe rclamaient leur ascendance de Dieu. L'on relvera ici que certains de nos informateurs ont reconnu plusieurs sculptures de Buli comme les reprsentations mmes des princes du lieu singulirement Mbuli Mukulu. A cet gard, la ressemblance sensible qu'offrent certaines figures de Buli et les traits de l'un de nos informateurs, le citoyen Kimbalanga, descendant d'une famille apparente celle des anciens chefs de Buli, ne laisse pas de troubler (voir fig. 7).

 

 

 

 


Fig. 7. Le citoyen Kimbalanga, descendant

des anciens chefs de Buli, tenant en main une statuette

qui reprsente vraisemblablement l'un de ses anctres.

Archives de l'auteur.

 

 

Il est hors de doute, par ailleurs, que les motifs plastiques majeurs de l'art traditionnel ne pouvaient que favoriser le processus d'une certaine identification entre l'apparence du Prince et la figure paradigmatique de l'Anctre. Telle est l'une des fonctions, drive mais importante, des effigies servant de cariatides aux siges auliques bihona.

 

Les fonctions de ces siges se conjuguent sur un axe double : chronologique, o ils matrialisent les liens qui unissent les anctres au prince ; synchroniques, o ils contribuent renforcer le rseau des rapports unissant ce dernier ses vassaux et ses sujets.

 

Dans sa dimension verticale ou diachronique, le trne est peru comme une parcelle de l'univers chtonien, celui des esprits et des morts. Il affirme la ralit de l'ascendance sacre du prince, les liens qui l'unissent aux anctres fondateurs du clan dtenteurs ultimes de la terre : ceci explique, notamment, pourquoi il tait enduit des graisses des animaux tabous de la chefferie ( Buli, lopard et crocodile). Grce au kihona, le pouvoir politique et judiciaire rinvestit l'ordre du sacr.

 

La cariatide qui soutient le plateau des bihona figure Kamania, l'anctre mythique des Bakunda souche de la population de Buli54. Reprsente en tat de gestation, elle assure la protection du chef de la mme manire qu'une mre protge l'enfant qu'elle porte en elle. Le plateau lui-mme, charg d'ingrdients magiques, est d'ailleurs assimil un ventre (difu), et le tenon cylindrique qui le relie la tte de la cariatide, au cordon ombilical msuku55. Inversement, une femme appele assurer la descendance de la ligne princire portera le surnom de sige kihona. L'identification du sige la mre originelle tait telle que l'on pouvait lire sur son ventre le destin du prince : le devin y versait de l'huile et du kaolin et les figures que prenaient ces ingrdients fondaient la smiologie des aruspices56.

 

Dans la texture synchronique de ses fonctions, les rapports du prince ses sujets, le sige est peru tout d'abord pour le double de la personne dynastique. Il reoit donc une pouse, prpose sa garde et ses soins. Le fait de toucher le sige passe pour un crime d'insubordination qui est svrement puni. Au contraire, les serments scells la main sur celui-ci revtent une exceptionnelle gravit. Les siges des vassaux du prince sont donns pour les copies du kihona de ce dernier. Ils assurent sa prsence dans tout le royaume, spcialement aux endroits stratgiques, tels les villages implants aux frontires. Lorsque ces vassaux sigent officiellement, ils sont censs n'exercer le pouvoir qu'au nom du prince. Ainsi le trne contribue-t-il puissamment assurer le maintien du pouvoir entre les mains de la seule famille rgnante, dtentrice du bulohwe.

 

Le kihona, en combinant la double constellation de symboles et de fonctions qui unissent les morts aux vivants, associe galement dans la mme figure le prince et l'anctre mythique, et commande l'identit de leur apparence sensible.

 

Le destin de l'art aulique de Buli fut donc, selon toute vraisemblance, de se soumettre l'idal d'un ralisme de plus en plus exigeant, tendant renforcer cette identification. L'hypothse pourrait livrer ce critre taxonomique global qui devrait seul inspirer, pensons-nous, l'tude de l'volution gnrale du style de Buli.

 

Dict par la volont d'accentuer l'omniprsence du prince sur ses tats et de donner la magie de son apparence, identifie au paradigme imaginaire de l'anctre fondateur, toute sa prgnance, l'art contribuait ainsi de plus en plus troitement imposer un modle esthtique qui devait servir une smiologie plus gnrale rpondant l'idologie nationaliste de la cour, marque par la volont de raffirmer sans cesse sa lgitimit et son identit et d'imprimer son sceau sur l'ordre culturel tout entier.

 

Il resterait donc montrer, dans une tude morphologique et stylistique approfondie, comment la mystique de l'apparence royale, celle de la beaut de la mre mythique de la dynastie s'est traduite, travers la gnalogie de deux ou plus vraisemblablement trois sculpteurs, dans des effigies de plus en plus ralistes. Comment un art, command l'origine par les canons de la statuaire kunda et luba, dont l'idal esthtique rsidait dans la qute permanente de l'essence, s'est rapproch du sensible pour se soumettre des impratifs politiques et magiques, sans sombrer toutefois dans l'accessoire, mme lorsqu'il tend vers un certain formalisme, et comment il a su traduire, dans son austre srnit, l'une des questions les plus fondamentales de l'homme universel : celle qui regarde l'invisible et la mort.

 

 

NOTES

 

Cet article, crit en 1990, ne tient videmment pas compte des objets attribus Buli et dcouverts ultrieurement. Relevons que de nombreuses donnes historiques recueillies sur le terrain se trouvent confirmes par les archives AIMO, relatives Buli, conserves aux Ministre des Affaires Etrangres de Belgique consultes depuis.

 

1. Anvers, 24 dc. 1937 au 16 janv. 1938.

2. Tentoonstelling van Kongo-Kunst... Catalogus. Antwerpsche Propagandendaweken, nos 716 et 717 (voir pl. 14 & 15). L'un de ces siges ancienne coll. Bertrand est aujourd'hui Tervuren. (Bonne reproduction dans E. LEUZINGER, Kunst der Naturvlker, Frankfort/a/Main, 1978, band III, pl. 123).

3. Pour une bonne reproduction de cette uvre clbre : (A. MAESEN), Umbangu. Art du Congo au Muse Royal de l'Afrique Centrale, 2e d., (Bxl, 1969), pl. 35.

4. L'Univers des formes. Afrique Noire, Paris, 1967, p. 336.

5. Sumorn impos principalement par J. MAES qui avait cru pouvoir identifier cette sculpture l'Esprit Kabila, prsidant certains rituels privs de mendicit, dcrits par le P. COLLE (J. MAES, Figurines mendiantes des Baluba, dans Pro Medico, 1935, 3 et Figurines mendiantes dites Kabila des Baluba, dans Brousse, 1939, 2). Pour COLLE : Les Baluba (Congo Belge), Bruxelles, 1913, t. Il, p. 441.

6. Miroir du Congo belge, Bruxelles-Paris, 1929, t. II, p. 218, 235 et 236.

7. Les sculptures de l'Afrique Noire, Paris, 1956, p. 110.

8. Dans Plastiek van Kongo, 1946 (traduit en franais par A. MAESEN, Bruxelles, 1959) et Dcouverte de deux statuettes d'un grand sous-style Ba-Luba, dans Institut Royal Colonial Belge. Bull, des sances, XXII, 1, 1951, p. 130-140.

9. Une  sculpture de Buli indite, dans Bull. de la Socit Royale Belge d'Anthropologie et de Prhistoire, LXXI, 1960, p. 1-16.

10. Nous ignorons si cette uvre, retrouve voici quelques annes et expose au Metropolitan Musum de New York, a t dite. Un moulage s'en trouve au Muse de Tervuren. Sur Fr. MIOT, voir E. JANSSENS et A. CATEAUX, Les Belges au Congo, Anvers, 1911, II, p. 87-90 (avec la liste de ses publications) et Biographie coloniale belge, Bruxelles, V, 1958, col. 599-61.

11. Nous avons identifi cette sculpture, toujours indite, en 1976.

12. Nous remercions nos collgues de l'Institut de Zoologie de l'ULg. de nous avoir aid identifier ces lments.

13. Kabwelulu est parfois dcrit comme le gnie des sorciers du Buhabo. Mais buhabo est un terme gnrique qui dsigne plusieurs socits initiatiques.

14. Voir Du neuf sur le Matre de Buli, dans Topafrica. Mensuel panafricain, 1975, 2, p. 41, 42, 48. Cette uvre se trouve prsent, dans la collection du comte B. de GRUNNE.

15. La grande statuaire Hemba du Zare, Louvain-la-Neuve, 1977, p. 320 et 321. Le P. Neyt y consigne une tradition selon laquelle le nom du sculpteur tait Ngongo ya Chintu . L'une des traductions possibles de ce nom est le fabricant de la chose . Il pourrait donc s'agir d'un sobriquet, voilant mal un anonymat rel.

16. Note sur un type de kifwebe luba-hemba, dans Revue Universitaire du Burundi, I, 3/4, 1973, p. 255-261 complter par L'art hemba, dans Topafrica. Mensuel panafricain, 1975, 5, p. 46-48.

17. Pre de Kalala llunga, fondateur du second empire luba. La lgende rapporte que lorsqu'il se mettait en colre, tout, autour de lui, prenait la couleur rouge. Il existe des siges de Buli o le plateau est soutenu par un couple. Dans ce cas, le personnage masculin est identifi Mbdyi Kiluwe ou Kalala llunga. Parfois, il est simplement appel Mkulu wa Kalakala, soit l'ancien des tout premiers temps .

18. Le sige cariatide agenouille du British Museum tait autrefois revtu des mmes parures (voir OLBRECHTS, op. cit., 1946). Il en a t depuis dpouill (voir LEIRIS, op. cit. p. 110).

19. La coiffe du sige publi ici, constitue par quatre vastes lobes, n'est pas orne, l'arrire, de la tresse cruciforme que l'on observe sur un certain nombre d'uvres de Buli. Elle s'apparente davantage au type de coiffures observ par Fo, au sud-est de Buli, qu'il compare une marmite dont le fond serait appliqu sur la nuque et dont le bord s'en irait en arrire : de derrire, on voit un trou noir qui correspond l'intrieur du rcipient . (Voir Traverse de l'Afrique..., Paris, 1900, p. 163 et photo, p. 248 et Rsultats scientifiques des voyages en Afrique d'Ed. Fo, Paris, 1908, p. 264 et 265). Autre point de divergence : les tatouages corporels qui pour ce sige sont d'inspiration nettement luba.

20. Op. cit., p. 15 et 16.

21. Voir successivement : The Tribal Image, London, 1970, n 41, et Sculptures africaines, Paris, 1965, p. 103.

22. Op. cit., t. II, p. 795.

23. Par exemple, le fait que la coiffe se trouve souvent djete vers la gauche (du personnage sculpt). Mais nos informateurs nous ont fait remarquer qu'il s'agissait plus vraisemblablement d'une mode relevant d'une forme de coquetterie.

24. Nous tenons exprimer ici notre gratitude Mme Gubels, aujourd'hui disparue, qui nous a ouvert le trs riche fonds de ses archives. Signalons que L. GUEBELS possdait un exemplaire du n de Brousse, contenant l'article de J. MAES, dcrit en note 5. Sur L. GUEBELS, voir notamment Biographie belge d'Outre-Mer, Bruxelles, VIIb, 1977, p. 165 et 166.

25. Sur H. BURE, voir Biographie coloniale belge, Bruxelles, IV, 1955, p. 79-81.

26. Sur Ch. FIRKET, voir Biographie coloniale belge, Bruxelles, I, 1948, p. 375-377. Le catalogue de ses collections est conserv l'Universit de Lige sous la cote Mss 2823b.

27. Nous songeons notamment une collection de btons de messager songye. Il faut relever du reste, que les centres o l'on fabriquait des objets pour les Blancs taient l'poque, dj nombreux.

28. Note sur la population de la Lukuga. Extraite de son Journal, dans Le Mouvement Gographique, 17 mars 1895, p. 93 et 94.

29. Op. cit., p. 321.

30. A rapprocher d'une lgende que les Babembe de l'Itombwe, o le gorille est toujours prsent, nous ont rapporte : l, pour viter la servitude arabe, le grand singe aurait cess de parler.

31. Fr.-M. OLBRECHTS notamment, estimant que le visage des figures de Buli n'tait nullement ngrode , soutient que l'artiste s'tait sans aucun doute inspir d'un modle ayant du sang hamite dans les veines (Op. cit., 1951, p. 132). La thse hamitique , a peu prs abandonne aujourd'hui, tait rgulirement allgue par l'ethnographie du pass, pour expliquer ce qui lui semblait chapper l'univers bantou dont elle avait labor des images souvent contestables. Sur les inquitudes que suscitaient dj les thses auxquelles se rfre OLBRECHTS (celles d'un certain VON EICKSTEDT, auteur d'une Rassenkunde... der Menschheit (1934)), voir H. BAUMANN et D. WESTERMANN, Peuples et Civilisations de l'Afrique, Paris, nvle d. 1948, p. 23.

32. Sur ce personnage, voir A. DELCOMMUNE, Vingt annes de vie africaine, Bruxelles, 1922, t. 2, p. 538 et sv. et ED. VERDICK, Les premiers jours du Katanga, Elisabethville, 1952, p. 36 et ss.

33. Op. cit., p. 94.

34. Op. cit., t. II, p. 531.

35. Voir The Fall of the Congo Arabs, London, 1897, p. 259 261 : Their carving in wood and ivory is really beautiful, and I was fortunate in being abler in get to England some fine specimens in the shape of paddels, walking-sticks, and axes handles, wich are now in the British Museum . HINDE a laiss plusieurs versions de son expdition qui diffrent sur le point gographique exact de sa dcouverte. Dans l'une de ces versions (Mouvement Gographique, 25 mai 1895, p. 150), il dclare avoir rcolt ces objets Katulu, village dpendant en effet de Buli. Mais par ailleurs, le British Museum ne possde qu'une seule sculpture relevant du style Buli : le sige cariatide auquel il est fait allusion n. 18. Celui-ci est entr au Muse en 1905.

36. R.J. CORNET, Maniema. Le pays des mangeurs d'hommes, Bruxelles, 1952, p. 218 et 219. Nous ne partageons pas l'avis de Cornet (voir n. 35). Selon nous, l inventeur de l'art de Buli demeure Fr. MIOT.

37. Outre HINDE, voir aussi R. MOHUN, Sur le Congo, dans le Mouvement Gographique, 30 sept. 1894, p. 84-87.

38. Voir Historique de la Chefferie de Kabongo, 20 oct. 1914, p. 7-9 (Mss indit, d l'administrateur territorial DAMOISEAUX). (Archives de l'auteur).

39. Voir OLBRECHTS, op. cit., 1951. Fo ne dit rien de ces deux statuettes. Elles se trouvent actuellement Tervuren.

40. Op. cit., 1900, p. 164 et ss.

41. Nombreux tmoignages chez les voyageurs et surtout les missionnaires. Voir en particulier le Bulletin des Missions d'Afrique des Pres Blancs et Le Messager du Saint-Esprit de ces annes.

42. G. VAN DER KERKEN, Note gnrale sur le recrutement dans le Tanganika-Moro. (c. 1916. Mss de 16 p. indit. Archives de l'auteur).

43. Buli fut capitale du secteur du Tanganyika-Moro jusqu'en 1912, date o elle fut dtrne au profit de Kongolo. Son nom commena ds lors disparatre des cartes.

44. Outre les tudes bien connues de COLLE, BURTON, etc. voir aussi A. VAN DER NOOT, La secte des Bambudi, dans Bulletin des Juridictions Indignes, sept. 1935, p. 113 et ss.

45. Etude sur les murs et les coutumes des Baluba des rgions de Kabongo, 1916, p. 25 et sv. (Mss. indit. Archives de l'auteur).

46. Op. cit., t. II, p. 542-567.

47. Op. cit., t. II, p. 847.

48. Sur ce point, voir surtout le P. TH. THEUWS, Textes Luba, dans Bulletin trimestriel du CEPSI, 27, 1954, p. 10, 49 et ss.

49. Dictionnaire Kiluba-Franais, Tervuren, 1954, p. 76 et 77.

50. Liste des objets cds par Bure au Baron de Hauleville, cit. d'aprs W. MESTACH, op cit. p. 7. Lusage dsign par Kanunu pour le mboko est confirm par Van Avermaete, op.cit. s.v.

51. La demeure d'un   grand chef luba comportait cinq cases principales dont celle dite kobo, tait rserve ses mikisi (esprits et effigies des anctres). Une fois construit, le kobo reoit en hommage une coupe de terre blanche (mboko) et de perles. Aprs un certain temps, on y dpose aussi un rcipient du malafou (de sorgho) que le chef reoit de ses sujets ; il y passera la nuit entire et ne sera bu que le lendemain matin. Ceci sera surtout fait avant la mise excution d'un projet, le malafou ayant repos une nuit entire auprs des Mikisi aura une influence heureuse sur la ralisation de ce dernier (Etudes sur les murs... des Luba, cit. p. 15).

52. W.G. RANDLES, L'ancien royaume du Congo, Paris, 1968, p. 29 et ss.

53. Sur le rle des figures royales Ndop, voir BELEPE BOPE MABINTCH, Les uvres d'art plastiques, tmoins des civilisations africaines traditionnelles, dans La civilisation ancienne des peuples des Grands Lacs, Paris-Bujumbura, 1981, p. 452-463.

54. La cariatide agenouille de certains des siges de Buli ne reprsenterait pas Kamania, selon nos informateurs. Au contraire, elle serait l'image de la femme demandant Dieu d'tre fconde, dans l'attitude rituelle de l'oraison. Ces siges n'taient donc pas destins au chefs sacrs balohwe, mais de simples vassaux.

55. Msuku dsigne galement, par mtonymie, la gnalogie , l' ascendance .

56. Sur la mystique de l'ascendance maternelle, voir notamment le P. BURTON, L'organisation sociale des Baluba, dans Revue des juridictions indignes, janv.-fv. 1936, p. 150-153. Un mulohwe ne pouvait rgner sans sa mre. Lorsque celle-ci mourrait, une autre femme, dite nginabanza, assumait juridiquement et anthropologiquement son rle. Il pouvait galement se faire qu'un mulohwe se rincarne dans une femme, dite mwadi. Dans ce cas, le chef vivant risquait de se voir mis l'cart par celle-ci. L'on conoit que lors d'une rupture de succession, au sein d'un mme lignage matrilinaire, la transmission du sige sacr, charg de la magie d'une mre sans descendant, puisse poser de rels problmes. Il arrivait donc que l'on en remplace le plateau suprieur ( ventre ), selon une technique assez simple que nous dcrivons dans une tude plus gnrale sur les Techniques de la sculpture chez les populations de l'est du Zare ( paratre).

 

 

 

 

Copyright text 2006 Pol Pierre Gossiaux

Pralablement publi dans Art et exotisme, Revue des historiens de l'art, des archologues, des musicologues
 et des orientalistes de l'Universit de Lige, n 9, 1990, p. 38-49.

 


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